Selon une étude
Les services sont peu utilisés par les gens qui ont une dépendance au jeu au Québec
Même s'ils sont gratuits, les services de réadaptation sont peu utilisés par les gens qui ont une dépendance au jeu au Québec. Selon une étude à laquelle ont participé l’Université McGill et le Centre de recherche Douglas, les personnes ont en moyenne été à moins de deux séances de traitement au cours de la période analysée, de 2009 à 2022.
L'étude, publiée dans le Journal of Gambling Studies, a entre autres examiné les types de jeu et le recours global aux services comme facteurs associés à la fréquence des admissions pour traitement du trouble du jeu dans des centres de traitement des dépendances spécialisés sur une période de 13 ans.
Les données proviennent des dossiers médicaux de 14 centres de réadaptation sur les 16 centres existants Québec. Elles ont été couplées aux bases de données administratives de santé et de services sociaux de la province.
Marie-Josée Fleury, autrice en chef de l’étude et professeure au département de psychiatrie de l’Université McGill, tient à préciser qu'il ne s'agit pas d'un échantillon populationnel, mais d'un échantillon clinique.
«Quand les gens se présentent dans les services spécialisés, ce sont des gens qui ont beaucoup de problèmes. Donc, ma cohorte, les 2300 personnes qu'on regarde, ce sont des gens défavorisés matériellement, socialement, des gens qui ont majoritairement des troubles concomitants, troubles mentaux, dépendance, maladies physiques chroniques. C'est une cohorte très vulnérable, contrairement aux études populationnelles», explique la chercheuse.
Parmi les personnes ayant eu recours aux services, environ 42 % ont été admises à plus d’une reprise. «Quand on regarde la littérature scientifique, on dit qu'il y a environ 10 % de la population [avec un trouble lié au jeu] qui demande de l'aide aux services spécialisés en jeu. Par contre, quand on commence à analyser un peu plus en profondeur, ça peut aller jusqu'à 50 % quand ce sont des joueurs chroniques, que ça fait longtemps que ce sont des joueurs ou qui ont de multiples problèmes de santé, problèmes sociaux», indique Mme Fleury.
«D'une façon générale, les joueurs avaient utilisé moins de deux fois les centres de réadaptation dans une période de 13 ans, ce qui est quand même très peu», commente-t-elle.
Croissance des jeux de paris en ligne
Pour diagnostiquer un trouble de dépendance au jeu, on regarde la fréquence à laquelle la personne joue, les types de jeux qu'elle utilise et surtout, si cela a des répercussions importantes dans sa vie.
«Si moi je joue, et ça ne change rien dans ma vie, je continue à être en couple et ça va bien, je continue avec mon travail, je suis capable de faire mon budget et de payer mes choses, il n'y a pas de problème. Mais si mon problème de jeu m'emmène à tout dépenser mon argent, j'ai perdu ma maison, je ne suis plus capable de payer ma nourriture, je suis divorcée, j'ai perdu ma job...», illustre Mme Fleury.
L'accès facile aux paris en ligne, notamment les paris sportifs, que ce soit par les applications ou les sites web, apporte de la détresse supplémentaire pour les personnes dépendantes au jeu. L'étude montre toutefois que le recours aux services était d’environ 15 % supérieur pour les joueurs en ligne.
Les données sur les types de jeux indiquent qu'environ une personne sur dix se rapporte joueur en ligne, mais cela est sous-estimé selon Mme Fleury. «La littérature nous dit que les personnes qui sont joueurs en ligne, ça fait des problématiques encore plus importantes», ajoute-t-elle. De plus, elles peuvent développer une chronicité plus importante, plus vite.
«Quand tu joues à la maison, disons que tu joues à la maison en ligne, tu peux jouer autant d'heures que tu veux. Tu n'as pas de restriction. Et tu peux aussi jouer d'une façon plus cachée», souligne Mme Fleury.
Sa première recommandation est d'avoir plus de dépistage. D'abord à l'urgence où il y a des équipes de dépendance, car plusieurs usagers qui ont des troubles liés à l'alcool ou aux drogues se présentent à l'urgence et ils peuvent avoir une dépendance au jeu. «Donc, on essaie de les dépister, de les motiver à se faire traiter, puis de les envoyer davantage dans les soins ambulatoires, parce que l'urgence ne devrait pas remplacer les soins ambulatoires», rappelle la chercheuse.
Elle voudrait voir aussi davantage de contribution de la part des infirmières de liaisons qui se promènent à l'urgence, mais aussi dans les unités de soins. Même chose avec les médecins de famille, qui, selon une revue systématique sur le rôle des médecins de famille pour les jeux pathologiques, ne dépistent pas assez ces problématiques et ne réfèrent pas assez vers les services adéquats.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne
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