Le pire moment de ma carrière de journaliste
Rien ne nous prépare réellement à ce que nous pouvons voir sur les lieux d’un accident. En fait, rien ne m’avait préparé à ce que j’ai vu lors de cet accident survenu à Notre-Dame-des-Prairies, sans aucun doute le pire moment de ma jeune carrière de journaliste.
Au moment de lire ces lignes, le souvenir de ce tragique accident qui a coûté la vie à une jeune femme et à son bébé de deux ans sera encore très vivace. Ce que j’ai vu ce jour-là dépassait la tristesse d’avoir perdu un proche. J’étais sur place quand le conjoint de Josianne Marion est arrivé pour constater l’ampleur de la tragédie. Il y a de ces images qui ne s’oublie pas, celle-ci en fait partie. Je me suis imaginé, le temps d’une seconde, à la place de cet homme apercevant ce qui restait de la voiture de sa conjointe. Il n’y a pas de mots assez forts pour décrire la peine que devait ressentir cet homme à cet instant précis.
Depuis mes premiers pas en tant que journaliste, j’ai pu voir le courage, l’espoir et la force des gens de ma région. Jamais je n’avais cependant regardé la tristesse et la tragédie dans les yeux comme à cet instant précis. Le moment même où cet homme s’est écrié à l’endroit des policiers « Est-ce qu’elle est blessée?», j’aurais préféré être ailleurs. J’aurais voulu, et de manière très égoïste, être chez moi, avec ma famille, à profiter de la chance que j’avais de ne pas être à sa place.
Pour la première fois, je me sentais incapable d’accomplir mon métier. En voyant les agents de la Sûreté du Québec annoncer la triste nouvelle, j’aurais voulu dire à mes collègues d’éteindre caméras et micros afin de laisser à cette famille éprouvée le temps de panser ses blessures.
Au moment de lire ces lignes, Josiane Marion et le petit Jacob ne seront malheureusement plus, pour la majeure partie d’entre nous, que le souvenir d’un fait divers lu dans le journal. Pour moi, il s’agit d’une tragédie qui va demeurer imprégnée dans ma mémoire pour de très longues années.
Dans un monde où l’impensable peut se produire à tout moment, je me rends compte que Luc de la Rochelière avait bien raison lorsqu’il chantait que la vie est si fragile…
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