Leur vie a changé grâce à un centre de thérapie de Saint-Ambroise
Depuis près de 15 ans, le Centre Nouvelle-Vie de Saint-Ambroise accueille des personnes en attente de procès pour des actes criminels de toutes sortes sont remises en liberté, par les tribunaux, à la condition de suivre une thérapie fermée dans un centre spécialisé.
Ces prévenus sont souvent aux prises avec de graves de problèmes de toxicomanie, d'alcoolisme ou de jeu compulsif.
Depuis 1994, Yvan Vachon dirige le Centre Nouvelle-Vie de Saint-Ambroise-de-Kildare une des trois maisons de thérapie du nord de Lanaudière. Né tout d'abord sous le nom du Centre Nicole Guay, cette maison de thérapie a changé de nom en 1997 pour le Centre de Nouvelle-Vie.
«J'étais intervenant au centre le Trait d'Union de Saint-Alphonse-Rodriguez lorsqu'on m'a demandé si j'étais intéressé à diriger un nouvelle maison de thérapie. J'ai accepté de relever le défi sans hésiter», a indiqué M. Vachon en entrevue la semaine dernière.
Promiscuité
Si au début le Centre Nouvelle-Vie accueillait une clientèle autant féminine que masculine, la direction n'accepte désormais que des hommes, depuis 2000, en raison de la promiscuité.
«En 2001, dans une démarche volontaire, nous avons mis en place des mécanismes d'amélioration continue des services en toxicomanie. C'est ainsi que nous sommes devenus le deuxième centre au Québec à recevoir la certification de Ressource en toxicomanie et en jeu pathologique», ajoute Yvan Vachon.
Depuis ce temps, une mise à jour des normes est faite à tous les trois ans. Il y a quelques semaines à peine, des membres du conseil de l'agrément du Québec ont passé deux jours au Centre Nouvelle-Vie afin d'évaluer l'établissement. Des recommandations seront transmises à la direction qui apportera les correctifs nécessaires.
Milieu carcéral
En 2010, le Centre Nouvelle-Vie a reçu 500 nouvelles demandes. De ce nombre, 275 personnes ont entrepris une thérapie et 175 l'ont complétée.
Actuellement, 75 % des 25 résidents du centre proviennent du milieu carcéral. Depuis 1997, M. Vachon a établi des liens solides avec les avocats de la défense et de la couronne dans le district judiciaire.
Lorsqu'une personne est arrêtée et incarcérée après avoir commis un délit quelconque, l'avocat de l'accusé communique avec le centre afin d'évaluer la possibilité que son client soit envoyé en thérapie en attendant son procès.
«Par la suite, je rencontre le prévenu à la détention du palais de justice afin de voir sa motivation pour s'en sortir et sa prise de conscience des récents événements. Après avoir apporté mes conclusions à l'avocat, il n'est pas rare que je témoigne lors d'une enquête sur remise en liberté», explique-t-il.
Si la personne est libérée, elle est prise en charge par le centre et le processus de thérapie s'enclenche. L'approche est faite en fonction de l'individu et les interventions sont diverses. La durée de la thérapie varie entre six mois et un an, à raison de six heures par jour, cinq jours par semaine.
«Avec les années, on constate que les valeurs des personnes ont changé. Souvent, une partie importante de notre clientèle minimise leur responsabilité et rejette la faute à la société en général», de conclure M. Vachon.
Un message d'espoir
Trois résidents du Centre Nouvelle-Vie de Saint-Ambroise-de-Kildare, en attente de procès, ont accepté de lancer un message d'espoir à tous ceux qui sont aux prises avec de graves problèmes de dépendance de toutes sortes.
Paul, Luc et Éric (noms fictifs) sont en thérapie depuis quelques mois. Déjà, les trois hommes ont constaté un énorme changement dans leur cheminement personnel depuis leur arrivée. Ils entrevoient l'avenir avec optimisme.
Pour Paul, 27 ans, arrêté il y a sept mois, pour trafic de stupéfiants, les dernières semaines lui ont permis de faire une prise de conscience importante sur son ancien mode de vie. «À chaque jour, je consommais du cannabis et des amphétamines pour faire face à la pression sociale. J'ai également compris que j'avais un important problème de comportement qui faisait en sorte que je consommais de façon démesurée», a-t-il avoué.
Jusqu'à maintenant, la thérapie lui a apporté une source de valorisation saine de la vie, il est aussi en mesure d'extérioriser mieux ses sentiments. «Depuis trois mois, j'ai des sorties un week-end sur deux et ça va super bien. En aucun moment, depuis mon arrivée ici, j'ai eu l'envie de consommer à nouveau», souligne-t-il.
Apprendre à s'aimer
De son côté, Luc, 35 ans, est en attente de procès pour des infractions reliées à la personne, il a aussi fait une tentative de suicide.
«Quand je suis arrivé il y a cinq mois, je consommais des amphétamines à l'extrême, de 30 à 50 comprimés par semaine. De plus, j'avais de graves problèmes de comportement, car j'étais dépendant affectif, impulsif et agressif avec les autres», explique-t-il.
«Au Centre Nouvelle-Vie, j'ai appris à m'aimer et à aimer la vie. Je suis maintenant capable de mieux gérer mes émotions sans avoir à consommer», ajoute Luc.
Profitant de sorties depuis quatre mois, Luc possède désormais une meilleure estime de soi. «Je m'accroche à la vie et je suis prêt à faire face aux conséquences de mes gestes. Je suis déterminé à m'en sortir», précise-t-il.
Mode de vie sain
À seulement 19 ans, Éric est en thérapie après avoir été arrêté pour un vol qualifié et bris de condition. «Depuis que j'ai atteint la majorité, j'ai multiplié les gaffes. Mon mode de vie n'était pas sain», a-t-il précisé.
Ne dormir que quelques heures après avoir fait la fête et se relever pour aller travailler, voilà comment était la vie d'Éric avant son arrestation.
«Je pouvais boire un ou deux 40 onces d'alcool par jour. Je consommais également 3,5 grammes de cannabis et de la kétamine quotidiennement. Quand je finissais de travailler, j'étais toujours sur le party», avoue-t-il.
Éric l'avoue sans détour : il ne savait plus qui il était, où sa vie se dirigeait. «Aujourd'hui, j'ai un mode de vie sain. Je me lève et me couche à des heures raisonnables, je me nourris mieux. Je crois être mieux outillé pour faire face à la vie adulte», mentionne-t-il.
Éric a fait le ménage dans ses amis. Il rêve d'avoir une vie normale avec sa petite amie et un travail stable.
Pour Paul, Luc et Éric, chaque jour est un défi, soit de ne pas rechuter ou de retomber dans de mauvaises habitudes. Mais l'espoir de s'en sortir les nourrit constamment.
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