Electrolux : le Québec peu concurrentiel en fabrication
Le gouvernement du Québec tentera de faire renverser la fermeture de l'usine d'Electrolux à l'Assomption mais plusieurs se demandent si le Québec a les outils pour faire concurrence en fabrication.
Photo : Agence QMI
Devant le fait que la Ville de Memphis et ses partenaires ont promis plus de 100 M$ d'incitatifs pour obtenir le transfert de l'usine, l'opposition péquiste a demandé si Québec a fait ses devoirs pour la conserver.
Ce à quoi Clément Gignac, ministre du Développement économique, répond qu'il veut rencontrer les dirigeants d'Electrolux et trouver une façon de les faire changer la décision.
Quand on parle des États-Unis, réagit le ministre, on est un peu surpris, d'autant plus qu'on les avait accompagnés avec une aide à l'investissement en 2008. Nous allons regarder cela.»
S'il n'obtient pas gain de cause, Clément Gignac espère pouvoir récupérer les 2 M$ déboursés pour aider l'entreprise à se moderniser à l'Assomption. «Quand on verse des subventions, c'est habituellement avec des garanties de maintient d'emplois au Québec».
Le problème dans le dossier Electrolux ne se simplifie pas à l'utilisation des fonds publics, estiment deux experts consultés par Argent.
Christian Deblock, directeur du Centre études internationales et de mondialisation de l'Université du Québec à Montréal, voit deux problèmes de fond.
«Le premier, c'est la force de notre dollar, souligne-t-il. Dans les années 1990, le dollar était relativement faible et ce n'était pas un incitatif à augmenter la productivité. Depuis le début des années 2000, nous vivons le syndrome hollandais. Nous avons un dollar fort mais pour l'industrie manufacturière, ce sont des coûts très élevés. À salaire égal et avec un dollar plus élevé, on perd beaucoup de compétitivité.»
«L'autre problème majeur, enchaîne M. Deblock, c'est cette course à l'investissement de plus en plus féroce. Depuis la fin de l'ère du président Bush, les États-Unis ont mis en place des programmes pour attirer les investissements. On joue sur les subventions, les primes et même sur les conditions de travail.»
Par exemple, les travailleurs d'Electrolux à Memphis obtiendront un salaire horaire de 13,50 $.
«Ce n'est pas dans cette direction qu'il faut aller, lance Christian Deblock. Les États-Unis sont les premiers à dénoncer les conditions de travail chez les autres mais ils les utilisent quand ça fait leur affaire.»
Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, soutient que notre économie a des forces, comme en témoignent les investissements de Rio Tinto Alcan, mais elle compte ses faiblesses.
«Nous constatons que nos conditions d'affaires ne sont pas concurrentielles, notamment pour les taxes sur la masse salariale, indique M. Prévost. Ce que ça coûte en charges sociales au Québec est infiniment plus élevé qu'aux États-Unis.»
«On se gargarise [de l'assurance parentale] et on dit que c'est le meilleur régime au monde ou presque, ajoute M. Prévost mais on se paie quelque chose dont on a pas les moyens et l'employeur paie 60% de la facture.»
Le patron des Manufacturiers et exportateurs pense que l'on aurait même pu perdre l'usine Electrolux aux mains de l'Ontario en raison de ce problème. «Si on regarde le Québec par rapport au reste du Canada, les charges sociales sont 25% plus élevées au Québec.»
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