Nouvelle étude de l'Institut du Québec
Miser sur les grandes entreprises pour rattraper le retard
Le Québec doit se réindustrialiser pour renforcer sa souveraineté économique et réaliser de grands projets, mais cette ambition nécessitera un changement de cap majeur pour le secteur manufacturier. C’est cette tendance qu’il faudra renverser pour accroître réellement la capacité manufacturière du Québec, souligne une nouvelle étude publiée aujourd’hui par l’Institut du Québec.
Loin de progresser, le stock de capital manufacturier de la province, soit la valeur de l’ensemble de la machinerie, des bâtiments et de la propriété intellectuelle, est aujourd’hui inférieur à ce qu’il était il y a 20 ans. Cette situation met le Québec en position de faiblesse, notamment lorsqu’on le compare aux États-Unis où l’on note une forte hausse depuis 1997.
« Depuis des décennies, les gouvernements multiplient les mesures pour stimuler l’investissement manufacturier, sans grand succès, ce qui prouve qu’il n’existe pas de solution miracle. Les décideurs gagneraient toutefois à mieux reconnaître le rôle clé des grandes entreprises pour réindustrialiser le Québec et bien le positionner dans les chaînes de valeurs stratégiques », souligne Emna Braham, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec.
Au-delà des PME, le rôle incontournable des grandes entreprises
Rehausser la capacité manufacturière du Québec représente un défi de taille : entre 1997 et 2024, le stock de capital manufacturier a reculé de 5,3 % au Québec et de 8,5 % au Canada, alors qu’il progressait de 54 % aux États-Unis. Cette volonté ne pourra reposer uniquement sur l’entrepreneuriat local ou le soutien aux PME. Elle exigera également une stratégie ambitieuse visant à faire émerger, attirer et retenir de grandes entreprises manufacturières capables d’ancrer durablement l’investissement, l’innovation et la croissance au Québec.
Or, les grandes entreprises, soit celles comptant plus de 500 employés, représentent seulement 0,7 % des entreprises manufacturières au Québec et au Canada, contre 1,2 % aux États-Unis. La différence dans les tailles d’entreprises expliquerait d’ailleurs à elle seule 22 % de l’écart de productivité entre l’économie canadienne et l’économie américaine.
« Et l’effet de la taille est particulièrement marqué dans le manufacturier, ajoute Emna Braham. Dans les pays de l’OCDE, les grandes entreprises manufacturières sont en moyenne 65 % plus productives que celles comptant entre 100 et 249 employés. Cet écart tombe à 8 % dans le secteur des services. »
« Cela tient surtout au fait que, dans le secteur manufacturier, la création de valeur repose davantage sur les investissements en machinerie, en équipements et en propriété intellectuelle qui sont généralement plus faciles à financer et à rentabiliser pour les grandes entreprises, explique Anthony Migneault, économiste principal à l’Institut du Québec. Au Québec, le secteur manufacturier nécessite deux fois plus de capital par employé que le secteur des services hors administrations publiques. »
Favoriser les grands joueurs dans les grands projets
Le Canada et le Québec prévoient investir massivement dans de grands projets, notamment dans les secteurs de la défense et de la transition énergétique. Pour que ces investissements publics deviennent de véritables leviers de croissance et de productivité, les gouvernements devront mieux intégrer les grandes entreprises d’ici dans leurs stratégies d’approvisionnement. Cela exigera à la fois de la créativité dans la conception des projets et davantage de fermeté dans les exigences de contenu local, en misant sur les avantages comparatifs des fournisseurs québécois et canadiens.
Renforcer les facteurs d’attraction des investissements directs étrangers (IDE)
Le Canada affiche un déficit net d’investissement direct étranger (IDE) de 828 G$ en 2025. Dans un contexte où la concurrence avec les États-Unis s’intensifie, le Québec et le Canada gagneraient à miser davantage sur les facteurs qui prennent une importance croissante aux yeux des investisseurs et sur lesquels ils disposent de leviers d’action.
Pour attirer davantage d’IDE, il faudra notamment améliorer l’efficacité des processus réglementaires et juridiques ainsi qu’assurer une meilleure disponibilité de l’énergie. La réticence à soutenir de grandes entreprises devra être dépassée si le Québec veut véritablement réindustrialiser son économie. Les grandes entreprises manufacturières jouent un rôle structurant dans l’écosystème industriel : elles agissent comme des moteurs de productivité et de capacité manufacturière en organisant autour d’elles des grappes industrielles qui soutiennent l’innovation et favorisent l’intégration des PME aux chaînes de valeur mondiale.
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