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Une étude expliquerait pourquoi l'immunothérapie échoue face au cancer du cerveau

durée 11h00
26 février 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — Une équipe internationale de scientifiques du Canada et des États-Unis pourrait avoir trouvé pourquoi l'immunothérapie est si peu efficace, voire entièrement inefficace, face au cancer du cerveau.

L'étude démontre que la dexaméthasone, un médicament couramment prescrit à tous les patients atteints d’un cancer du cerveau pour contrer l'enflure causée par la maladie, risque d’inhiber la réponse immunitaire face au cancer.

«On a démontré qu'une moins bonne réponse à l'immunothérapie est liée aux cellules qui ne répondent plus à combattre le cancer, qui dans le fond deviennent immunosuppressives», a dit l’un des principaux auteurs de l’étude, le docteur Charles Couturier, qui est neurochirurgien et chercheur à l'Institut-Hôpital neurologique de Montréal affilié à l’Université McGill.

«Les patients qui avaient ces cellules immunosuppressives avaient un moins bon pronostic. Ce sont des cellules qu'il faut arriver à combattre et à renverser.»

En d'autres mots, a-t-il résumé, on peut maintenant se demander si le fait de prescrire de la dexaméthasone à pratiquement tous les patients atteints d'un cancer du cerveau n'explique pas – du moins en partie – l'inefficacité de l'immunothérapie.

Même si le domaine de l'immunothérapie est en pleine ébullition et est à l'origine des percées les plus prometteuses réalisées dans la lutte contre le cancer depuis une dizaine d'années, la thérapie ne peut pas pour le moment être utilisée chez tous les patients.

Le cancer du cerveau est l'un de ces adversaires contre lesquels l'immunothérapie échoue lamentablement, du moins pour le moment.

Les médecins devraient maintenant se demander si la dexaméthasone est vraiment nécessaire dans chaque cas où elle est prescrite, a souligné le docteur Couturier, qui rappelle que le médicament est prescrit «comme de l'eau» tellement son utilisation est pratique courante face au cancer du cerveau.

«C'est difficile de dire avec assurance que c'est ce qui se passe, mais certainement on remarque que le milieu immunitaire dans ces tumeurs-là est différent, a-t-il indiqué. Donc, ça suggère que oui, et certainement ça suggère qu'on devrait peut-être arrêter de donner ce médicament-là de façon uniforme.»

D'autant plus, rappelle-t-il, que l'enflure du cerveau ne cause pas des symptômes importants à tous les patients.

Il importe de placer dans la balance non seulement la nécessité de réduire l’enflure, mais aussi le besoin d’obtenir une réponse immunitaire efficace, a-t-il ajouté, et il faut maintenant trouver des solutions autres que la dexaméthasone, qui n’inhibent pas cette réponse chez les patients.

Surtout, a poursuivi le docteur Couturier, que l'effet de la dexaméthasone est considérable.

«On était capables de voir quels patients avaient reçu une seule goutte de dexaméthasone avant la chirurgie, a-t-il dit. Les cellules immunitaires changeaient complètement.»

Des tests en laboratoire ont ensuite démontré que l'effet de la dexaméthasone était toujours détectable plusieurs semaines après son administration. Les cellules qui ont été reprogrammées, a indiqué le docteur Couturier, peuvent vivre «pendant des mois».

Le système immunitaire des patients qui ont reçu de la dexaméthasone, a-t-il poursuivi, est «moins propice» à combattre le cancer. On ne dispose pas encore des données nécessaires pour savoir ce qui arrivera si on cesse d'administrer ce médicament, mais d'autres études viendront répondre à cette question, a dit le docteur Couturier.

En attendant, «il faut que (les professionnels de la santé) soient au courant du dommage qu'ils peuvent faire en donnant ce médicament-là sans se poser de questions, a-t-il conclu. Personnellement, ma pratique clinique va changer immédiatement».

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la prestigieuse revue scientifique Nature.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne