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Un chercheur ontarien est sur la piste d'une nouvelle classe d'antibiotiques

durée 09h05
4 avril 2025
La Presse Canadienne, 2024
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2 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — La première nouvelle classe d'antibiotiques en trente ans pourrait arriver sur le marché au cours des prochaines années, grâce à des travaux réalisés à l'université ontarienne McMaster.

Cela représenterait un progrès majeur dans le contexte de l'antibiorésistance qui constitue une véritable menace de santé publique selon l'Organisation mondiale de la santé.

«Les antibiotiques sont différents des autres médicaments», a expliqué le responsable de ces travaux, le professeur Gerry Wright du département de biochimie et de sciences biomédicales de McMaster.

«Les bactéries se reproduisent tellement rapidement qu'elles peuvent générer (des millions d'autres bactéries) en un très court laps de temps. Certaines seront différentes génétiquement, et elles seront donc plus ou moins résistantes à un médicament. Et les plus résistantes vont survivre et se reproduire.»

Le professeur Wright et son équipe ont prélevé un échantillon de sol dans la ville de Hamilton. Cet échantillon contenait bien évidemment plusieurs bactéries différentes, mais les chercheurs ont constaté que l'une d'entre elles, Paenibacillus, produisait une substance très nocive pour ses consœurs ― y compris pour celles qui sont habituellement résistantes aux antibiotiques.

Cette substance, la lariocidine, attaque les bactéries d'une manière complètement différente, en interférant avec le mécanisme de synthèse des protéines dont elles ont besoin pour croître et survivre.

«Nous montrons que les lariocidines inhibent la croissance bactérienne en se liant au ribosome et en interférant avec la synthèse des protéines», écrivent les auteurs dans la prestigieuse revue scientifique Nature.

Le professeur Wright a comparé le tout à un navigateur Web défectueux qui, au lieu de vous amener à l'adresse que vous demandez, vous redirige plutôt vers une adresse choisie au hasard.

Les chercheurs n'en sont encore qu'au début de leurs travaux, mais ils savent déjà que «la lariocidine n'est pas affectée par les mécanismes de résistance courants, a une faible propension à générer une résistance spontanée, ne présente aucune toxicité pour les cellules humaines et a une puissante activité in vivo dans un modèle murin d'infection par Acinetobacter baumannii», écrivent les auteurs.

C'est à ce moment, a dit le professeur Wright, que l'enthousiasme des chercheurs a grimpé d'un cran ou deux.

«On a poussé un soupir de soulagement quand on a vu que (la lariocidine) était très efficace pour guérir une souris que nous avions infectée avec un organisme qui résiste à plusieurs médicaments, a-t-il expliqué. Quand ça s'est produit, tout le monde se donnait des “high five”.»

Il n'existe aucun produit antibiotique face auquel les bactéries ne développeront pas éventuellement une résistance, a prévenu le professeur Wright, «y compris le nôtre».

«Ça veut dire que nous devrons continuellement trouver de nouveaux produits», a-t-il conclu.

Le professeur Wright et son équipe tentent maintenant de modifier la molécule et de la produire en quantité suffisante pour permettre un développement clinique. Il s'agit essentiellement pour eux de décortiquer la molécule et de la réassembler pour en faire un meilleur candidat-médicament.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne