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Résilience au stress: la barrière hémato-encéphalique serait en cause

durée 05h00
27 février 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — Un stress chronique pourrait rendre la barrière hémato-encéphalique de certaines personnes plus perméable, ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines semblent plus résilientes face au stress que d'autres, portent à penser des travaux réalisés à l'Université Laval.

Plus précisément, cette différence pourrait être attribuable, du moins en partie, à une protéine qui agit comme récepteur de cannabinoïde et qui est présente dans cette structure qui régit les échanges entre la circulation sanguine et le cerveau.

«On a montré que, chez les souris qui sont vulnérables au stress, on voit des changements au niveau de la barrière qui protège notre cerveau», a dit l'auteure de l'étude, la professeure Caroline Ménard de la faculté de médecine de l'institution québécoise.

«Chez les souris stressées, il va se former des petits trous dans cette barrière-là, donc le stress va créer de l'inflammation qui va circuler.»

La professeure Ménard et ses collègues ont exposé des souris à un stress social chronique sous la forme de la compagnie ― cinq minutes par jour pendant dix jours ― d'un mâle particulièrement dominant. Le reste du temps, les souris étaient séparées du mâle en question par une paroi transparente.

L'équivalent chez l'humain, a précisé la chercheuse, serait d'apercevoir son intimidateur dans la cour d'école, sans jamais trop savoir à quel moment il va décider de s'en prendre à nous.

Mme Ménard et son équipe ont constaté que les souris résilientes au stress présentaient plus de récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1) au niveau de la barrière que les souris ayant des comportements dépressifs ou que les souris non exposées au stress. Les récepteurs CB1 sont une protéine que l'on retrouve notamment dans les astrocytes, une composante de la barrière hémato-encéphalique.

En situation de stress social chronique, expliquent les chercheurs, l'étanchéité de cette barrière est affectée. Des molécules inflammatoires se rendent alors au cerveau, et des symptômes anxieux et dépressifs apparaissent.

Les chercheurs ont injecté à certaines souris un vecteur viral pour qu'elles produisent davantage de récepteurs CB1 dans leurs astrocytes. Trois semaines plus tard, le niveau des récepteurs CB1 avait plus que doublé dans les astrocytes des souris du groupe expérimental.

Chez ces souris, a dit la professeure Ménard, le niveau d'anxiété de base, soit celui observé en absence de stress, avait diminué, tout comme les symptômes d'anxiété et de dépression induits par le stress social. La surexpression des récepteurs CB1 semble donc mener à la résilience en favorisant la santé vasculaire du cerveau.

«Chez les souris résilientes (au stress), on ne voit pas de vulnérabilité de la barrière hémato-encéphalique, a dit Mme Ménard. On pense que c'est dû au fait que les astrocytes vont exprimer plus de récepteurs aux cannabinoïdes. C'est une forme d'adaptation ou un mécanisme de compensation qui est vraiment unique à la résilience au stress.»

L'idéal serait bien évidemment de disposer d'une molécule qui rétablirait l'étanchéité de la barrière hémato-encéphalique en situation de stress, afin de favoriser la résilience. Une telle molécule n'existe malheureusement pas pour le moment, même si les souris à qui on donnait des antidépresseurs avaient elles aussi des niveaux de récepteurs CB1 plus élevés dans leurs astrocytes.

On dispose, en revanche, d'une alternative très efficace: l'activité physique.

La littérature scientifique qui témoigne des bienfaits de l'activité physique pour la santé mentale ― qu'il s'agisse de l'anxiété, du stress, de la dépression ou autre ― est abondante.

D'autres expériences réalisées par l'équipe de la professeure Ménard ont ainsi détecté des niveaux plus élevés de récepteurs CB1 dans les astrocytes des souris qui avaient accès à une roue d'exercice.

«On a observé dans notre étude qu'en utilisant l'exercice physique, on pourrait aussi avoir un effet bénéfique sur le nombre de récepteurs sur nos astrocytes, a conclu la chercheuse. Donc on n'a pas de molécules pharmacologiques pour le moment, mais l'exercice physique peut être une manière préventive de résilience au stress.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par Nature Neuroscience.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne