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Noyades dans Charlevoix: la coroner invite à atténuer la mentalité de «pompier héros»

durée 13h45
2 avril 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

La mentalité du «pompier héros» et une «gestion déficiente de la situation d’urgence» sont parmi les causes multiples ayant mené aux décès des pompiers volontaires Christopher Lavoie, 23 ans, et Régis Lavoie, 55 ans, lors de l’inondation du 1er mai 2023 à Saint-Urbain, dans Charlevoix.

Les inondations, «soudaines et d’une violence extrême» comme les décrit la coroner Andrée Kronström dans son rapport présenté mercredi à Baie-Saint-Paul, avaient isolé un couple qui était resté trop longtemps dans sa résidence. Les deux pompiers cherchaient à les secourir, mais avaient été projetés à l’eau en habit de pompier et sans vestes de flottaison lorsque leur véhicule amphibie s’était renversé.

«Les décès de MM. Lavoie résultent d’un enchaînement de facteurs et non uniquement du fait que les pompiers ont utilisé un véhicule amphibie pour intervenir dans un champ submergé par plus de 1,2 mètre d’eau vive, au péril de leur sécurité», écrit Me Kronström dans son rapport de 39 pages.

Amenuiser la mentalité de «pompier héros»

«Les pompiers veulent aider, ce qu'on a appelé la mentalité du pompier héros», a précisé en conférence de presse la coroner, dont une des recommandations est d’amener l'École nationale des pompiers à «amenuiser cette mentalité de pouvoir intervenir dans toute circonstance».

«Tout le monde voulait bien faire, tout le monde voulait aider et les pompiers qui sont intervenus n'ont pas nécessairement mis leur sécurité à l'avant-plan, mais bien d'aller secourir d'autres personnes qui étaient en danger. C'est sûr que leur lecture du cours d'eau n'était pas la meilleure, mais c'est parce qu'ils n'avaient pas les outils pour bien l'évaluer.

«Lors de la formation pour devenir pompier, il faut les sensibiliser (au fait) que parfois, ce n'est pas possible d'intervenir.»

Un expert venu témoigner à son enquête publique a d’ailleurs affirmé que «la bonne marche à suivre pour un service de sécurité incendie sans équipe de sauvetage nautique aurait dû être, dans ce cas-ci, la non-intervention pour attendre les secours héliportés».

Saint-Urbain n'était pas prêt

La municipalité est également mise en cause pour son manque d’organisation, mais il est clair qu’en raison de la violence des éléments météorologiques, «pour la municipalité de Saint-Urbain, il était donc très difficile, voire impossible de prédire l’ampleur des inondations le 1er mai».

«J'ai été très sensible au fait que la mairesse (Claudette Simard) s'est sentie débordée, abandonnée aussi dans des circonstances qui sortaient de l'ordinaire», a reconnu Me Kronström. Ce désemparement des autorités municipales, la coroner l’explique en grande partie par le fait que le Plan municipal de sécurité civile (PMSC) «n'était pas connu par le directeur général, qui avait un poste de coordination, la mairesse et l'ensemble des élus. Donc, c'est à ce niveau que la coordination n'a pas été efficace», a-t-elle expliqué durant la conférence de presse. Cette méconnaissance a fait en sorte que «le déploiement des ressources municipales n’a pas permis de prendre des décisions adaptées à l’urgence de la situation».

Responsable de sa propre sécurité

La coroner ne manque pas, par ailleurs, de souligner que le couple prisonnier de sa résidence entourée d’eau n’avait pas décidé d’évacuer assez rapidement. Elle suggère donc de mener une campagne de sensibilisation publique «soulignant que chaque citoyen (…) doit assurer sa propre sécurité. Je pense que le gens ne sont pas encore conscients de ça.»

Parmi ses 15 recommandations, Andrée Kronström prône également un regroupement des services de sécurité incendie de toutes les municipalités de la MRC de Charlevoix, une démarche qu’elle juge «primordiale» pour l’élaboration d’un plan régional de résilience face aux sinistres, et ajoute qu’«une aide financière gouvernementale serait indispensable pour répondre aux exigences croissantes» des besoins d’intervention causés par les événements météorologiques plus fréquents et plus intenses.

Devant l’impact de ces événements de météo extrême, elle interpelle le ministère de l’Environnement qui doit, selon elle, jouer «un rôle clé dans la prévision et l’anticipation des risques. La cartographie complète du réseau hydrique devrait être finalisée dans les meilleurs délais» afin, entre autres, de mieux planifier l’aménagement dans les zones inondables des lacs et des cours d’eau.

Parmi ses autres recommandations, elle invite Saint-Urbain à conclure des ententes avec Baie-Saint-Paul pour la mise en œuvre de son PMSC et à garantir une formation continue en matière de mesures d’urgence pour le personnel et les élus municipaux.

«Un décès, c'est toujours un décès de trop, mais si ces deux décès peuvent être le fil conducteur pour amener un changement, ce serait merveilleux», a déclaré Me Kronström.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne