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Les provinces disposent d'environ 100 G $ pour contrer les tarifs, estime Desjardins

durée 12h28
25 février 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

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Par La Presse Canadienne, 2024

OTTAWA — Les gouvernements provinciaux ont suffisamment de leviers budgétaires pour répondre à d'éventuels tarifs américains sans alourdir outre mesure le fardeau de leur dette, estime une nouvelle étude économique de Desjardins.

L'analyse publiée mardi prédit que les prochains budgets provinciaux seront dominés par des plans de préparation à une année 2025 marquée par l'incertitude, car les tarifs promis par le président américain Donald Trump assombrissent toutes les prévisions budgétaires.

«L’Ontario, le Québec, le Manitoba et le Nouveau‑Brunswick sont les provinces les plus directement exposées, 6 % à 8 % de leur production étant directement liée aux exportations américaines», souligne le rapport.

L'autrice de l'étude, Laura Gu, économiste senior chez Desjardins, estime en entrevue que les provinces «se dirigent vers une saison budgétaire avec le type d'incertitudes que nous n'avons pas vu depuis la pandémie».

La Nouvelle-Écosse a inauguré la saison des budgets provinciaux la semaine dernière et a offert le premier aperçu de la façon dont les provinces se préparent aux menaces de tarifs douaniers généraux sur les exportations canadiennes vers les États-Unis.

Le ministre des Finances de cette province, John Lohr, a ainsi annoncé un «fonds de réserve» de 200 millions $ destiné à répondre aux éventuels tarifs américains.

Desjardins prévoit que les provinces disposeront collectivement de 100 milliards $ de ressources financières disponibles pour venir en aide aux industries et aux particuliers touchés par les tarifs. Le rapport s'attend à ce qu'un montant similaire soit disponible à Ottawa.

L'étude estime que les gouvernements provinciaux pourraient déployer ces fonds sans que le ratio dette nette/PIB de toutes les provinces ne dépasse 35 % — des niveaux observés pour la dernière fois pendant la pandémie de COVID-19.

Desjardins prévoit que ces chiffres se stabiliseront à 30 % dans l'ensemble des provinces au cours des deux prochaines années, sauf impact potentiel des tarifs.

Mme Gu souligne que Desjardins ne considère pas que le choc économique lié aux tarifs américains soit aussi marqué ou aussi généralisé que le ralentissement pendant la pandémie — elle compare plutôt son ampleur à la crise financière mondiale de 2008-2009.

«Il est rassurant de dire que les gouvernements provinciaux et fédéral ont la puissance de feu pour réagir, mais d’un autre côté, nous ne voyons pas la nécessité d’une relance de niveau pandémique», a-t-elle déclaré.

Les provinces devraient être «conscientes» de garder les mesures de soutien ciblées et temporaires afin de ne pas mettre en péril les progrès réalisés dans la maîtrise des niveaux d’endettement depuis la pandémie, estime Mme Gu.

Variations selon la structure économique

Avant la menace de tarifs américains, la plupart des provinces s’attendaient à une amélioration de leur situation budgétaire en 2025, dans un contexte de prévisions de reprise de la croissance économique, selon le rapport Desjardins.

L’ampleur de l’impact des tarifs sur les résultats financiers des provinces varie par ailleurs en fonction du lien entre l’économie d’une province et son secteur manufacturier et, plus généralement, les exportations américaines.

«Les secteurs non liés à l’énergie, et surtout la fabrication, devraient être les plus touchés, estime l'économiste. Cela freinerait particulièrement l’activité économique en Ontario, au Québec, au Manitoba et à l’Île‑du-Prince‑Édouard, et la croissance y serait inférieure à la moyenne nationale.

«L’Ontario, avec ses exportations importantes d’automobiles aux États‑Unis, est particulièrement exposé, lit-on dans le rapport. Le Québec, compte tenu de ses exportations diversifiées, comme les produits miniers et forestiers et les aéronefs, est également en mauvaise posture.»

A contrario, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse éviteraient les ralentissements les plus marqués parce qu’elles dépendent relativement moins du commerce américain.

Le rapport de Desjardins suppose également que le Canada obtiendra une exemption pour les produits énergétiques avant l'entrée en vigueur des tarifs, protégeant ainsi des pires coups l'Alberta, la Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador et, dans une certaine mesure, le Nouveau-Brunswick.

Un «scénario de base»

L'ampleur et la portée des éventuels tarifs américains demeurent incertaines. Le Canada a obtenu une pause d'un mois, le 4 février dernier, alors que M. Trump a signé un décret prévoyant des tarifs généraux sur les produits canadiens, bien qu'il ait ensuite imposé des tarifs supplémentaires de 25 % sur toutes les importations d'acier et d'aluminium, qui devraient entrer en vigueur le 12 mars.

Étant donné cette incertitude, le scénario de base de Desjardins suppose une imposition «partielle» de tarifs de 10 % sur tous les produits à l'exception de l'énergie, de 35 % sur l'acier et de 25 % sur l'aluminium.

Ce scénario entraînerait une baisse de l'emploi total de 1 % dans les provinces les plus durement touchées, bien que Desjardins prévienne que des scénarios plus graves pourraient entraîner des pertes d'emplois «à des niveaux habituellement observés en récession» dans les provinces du centre et à l'Île-du-Prince-Édouard.

«Ce scénario pourrait faire augmenter le taux de chômage à environ 8 % à l’échelle nationale, à 10 % en Ontario et à 7,5 % au Québec», estime l'économiste.

Le Québec, l'Ontario et le Manitoba pourraient donc avoir besoin d'un soutien budgétaire plus important que les autres provinces en cas de guerre commerciale prolongée avec les États-Unis.

«Le thème de cette saison de budgets provinciaux serait de répondre à ces menaces immédiates de la manière la plus opportune possible pour éviter les conséquences économiques très graves», estime Mme Gu.

L'Alberta doit présenter son budget provincial jeudi.

Craig Lord, La Presse Canadienne