Les campagnes pour et contre la séparation de l'Alberta entrent dans la phase finale
EDMONTON — Les campagnes référendaires sur la place de l'Alberta au sein de la Confédération entrent dans leur phase finale. Les responsables politiques s'apprêtent à prendre la parole et les associations se préparent à mobiliser leurs partisans.
Les bureaux de vote par anticipation ouvrent mardi. Moins d'une semaine plus tard, le lundi 19 octobre, ce sera le jour officiel du scrutin. Les Albertains devront répondre à dix questions, notamment celle de savoir si la province doit rester au sein du Canada ou organiser un deuxième référendum contraignant sur sa sortie du pays.
Lundi, dans une vidéo diffusée à l’occasion de la fête de l’Action de grâce, le premier ministre Mark Carney a plaidé en faveur du Canada, indiquant que «cette année, l'Action de grâce sera un peu différente», en référence au référendum albertain.
Le premier ministre a souligné que cette fête était «l'occasion de ralentir, de réfléchir à ce qui compte vraiment. (...) C'est aussi l'occasion d'être reconnaissant de vivre au Canada pour les droits, les libertés et les possibilités dont on profite tous.»
«On bâtit à nouveau de grandes choses en Alberta», a assuré M. Carney, affirmant que les projets fédéraux apporteraient une prospérité durable pour des centaines de milliers de personnes, tant dans cette province et partout au Canada. Mais, a-t-il précisé, «on ne peut pas bâtir de grandes choses sur des fondations fragiles».
«Des générations d'Albertaines et d'Albertains ont contribué à bâtir ce pays. C'est le vôtre, c'est le nôtre et il vaut la peine qu'on se batte pour lui.»
M. Carney et les ministres libéraux se sont rendus à plusieurs reprises en Alberta ces derniers mois, notamment pour annoncer un plan accéléré concernant un nouvel oléoduc en Alberta et rappeler aux Albertains les milliards de dollars consacrés aux dépenses militaires.
Rassemblements de chaque camp
La semaine s'annonce chargée en prévision du vote des Albertains. Les anciens premiers ministres de l'Alberta Jason Kenney et Rachel Notley, respectivement du Parti conservateur uni (UCP) et du Nouveau Parti démocratique (NPD), prendront la parole en faveur d'un Canada uni lors d'un événement organisé mardi à Edmonton.
Vendredi, le chef du Parti conservateur fédéral, Pierre Poilievre, et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, prendront la parole à Calgary. Tous deux exhortent l’Alberta à rester au sein du Canada.
Le groupe fédéraliste «Forever Canadian» rassemblera ses partisans à Calgary jeudi et à Edmonton vendredi.
Ce week-end, des rassemblements rivaux sont prévus à Edmonton, sur le parvis de l’Assemblée législative. Le groupe proséparation «Let Alberta Decide» a annoncé un événement samedi, tandis que la Fédération du travail de l’Alberta organise un rassemblement en faveur de l’unité dimanche.
Sur le terrain, le député Dane Lloyd mène la campagne en faveur du Canada pour le Parti conservateur fédéral à travers des tournées de porte-à-porte et des événements publics. M. Lloyd a déclaré que le taux de participation serait déterminant. «Rien ne remplace l’engagement direct», a-t-il dit dans une déclaration.
Smith sous le feu des critiques
Le NPD, parti d’opposition en Alberta, affirme avoir mis le paquet, avec plus de 15 000 bénévoles qui font du porte-à-porte et des appels téléphoniques pour que les Albertains restent au sein de la Confédération.
Le chef du NPD, Naheed Nenshi, a déclaré que son parti comblait le vide laissé par Mme Smith et ses collègues de l’UCP.
M. Nenshi a vivement critiqué Mme Smith pour ne pas avoir tenu sa promesse de faire activement campagne en faveur d’un Canada uni. La semaine dernière, il a souligné que, non seulement les membres du cabinet de Mme Smith ne mobilisaient pas les électeurs, mais que beaucoup d’entre eux étaient partis en voyage à l’étranger pendant cette période cruciale précédant le scrutin.
Mme Smith rejette ces critiques, affirmant qu’elle a clairement exprimé son attachement au Canada lors de discours et de réunions informelles. Son gouvernement a investi 4 millions $ dans une campagne publicitaire encourageant les électeurs à voter pour «une Alberta forte et souveraine au sein d’un Canada uni».
La question de la séparation est la dernière des dix questions sur lesquelles les Albertains sont invités à cocher une case. Les neuf premières portent sur l’immigration et la Constitution. Mme Smith a déclaré qu’elle espérait que les Albertains voteraient «oui» aux neuf premières questions afin de lui donner un certain poids dans les négociations avec le gouvernement fédéral.
Les questions relatives à l’immigration demandent aux Albertains si la province devrait avoir davantage son mot à dire sur les personnes autorisées à venir travailler ici et s’il est temps d’imposer davantage de restrictions – voire d’introduire des frais – à certaines personnes qui arrivent et souhaitent bénéficier des soins de santé et de l’éducation.
Les questions constitutionnelles demandent aux Albertains de donner leur feu vert pour entamer des discussions avec d’autres provinces en vue de retirer des pouvoirs au gouvernement fédéral et d’abolir le Sénat.
L’UCP de Mme Smith n’a jamais fait campagne en faveur d’un référendum sur la séparation lors des dernières élections de 2023. Cependant, Mme Smith affirme que la colère et la désillusion de certains Albertains à l’égard du pays se sont amplifiées pendant le mandat de l’ancien premier ministre libéral Justin Trudeau, au point que des centaines de milliers de personnes ont signé des pétitions pour et contre la Confédération. Un référendum, a-t-elle déclaré, est désormais nécessaire pour régler la question une fois pour toutes.
Elle a essuyé des critiques de part et d’autre. Certains séparatistes ont raillé sa question en faveur de la séparation, la qualifiant de projet timoré visant à élaborer un plan. Certains détracteurs du camp pro-Canada affirment que Mme Smith est à la fois pyromane et pompière: elle joue avec l’avenir du pays tout en se présentant comme sa championne.
Les sondages réalisés avant et après l’annonce du référendum par Mme Smith indiquent que les Albertains sont systématiquement favorables au maintien au sein de la Confédération. À cet égard, des détracteurs, dont M. Nenshi, affirment que ce référendum n’a jamais porté sur le Canada, mais visait simplement à apaiser les séparatistes radicaux de son parti afin de les empêcher de diviser le mouvement ou de se soulever contre elle.
Le soir du référendum, les responsables d’Élections Alberta indiquent que la question de la séparation sera dépouillée en premier. Le résultat devrait être connu tôt le lendemain matin. Mme Smith a déclaré qu’une majorité simple, dans un sens ou dans l’autre, suffirait pour faire pencher la balance.
Lisa Johnson, La Presse Canadienne

