Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Les aliments ultratransformés causent 38% des troubles cardiovasculaires chaque année

durée 05h00
25 février 2025
La Presse Canadienne, 2024
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — Les aliments ultratransformés ont été responsables de 38 % des troubles cardiovasculaires recensés en 2019 au Canada, indique une étude publiée mardi par Cœur + AVC.

Cela représente 96 043 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires (maladies du cœur ou accident vasculaire cérébral), 17 417 décès et 388 654 années de vie perdues ou affectées par une incapacité en raison de ces maladies, par année.

«J'étais un peu découragé par ces chiffres, mais pas vraiment étonné, a dit le directeur de l'étude, le professeur Jean-Claude Moubarac, de l'Université de Montréal. Avec une étude comme celle-là, on génère des données probantes (...) pour dire écouter, 40 % c'est énorme (...) et ce sont des maladies qu'on peut prévenir.

«Ça nous montre les opportunités qui s'offrent à nous si on agit en prévention. Il ne faut pas vivre avec cette idée que la maladie est une fatalité.»

Plus précisément, les chercheurs ont utilisé un modèle statistique pour estimer le nombre de nouveaux cas de maladies cardiovasculaires; de décès liés aux maladies cardiovasculaires; et d’années de vie perdues ou affectées par une incapacité en raison d’une maladie cardiovasculaire, qui peuvent être attribués à la consommation de boissons et d’aliments ultratransformés.

Les aliments ultratransformés sont ceux qui ont été produits industriellement et qui contiennent des ingrédients que l’on ne trouve généralement pas dans une cuisine familiale, comme des émulsifiants, des conservateurs, des colorants et des arômes artificiels.

Cette vaste catégorie comprend des produits tels que les boissons gazeuses, les nouilles instantanées et les croustilles, ainsi que des aliments moins évidents comme les yaourts aromatisés et les pains complets préparés dans le commerce.

Selon les données les plus récentes dont on dispose, les aliments ultratransformés représentent près de 45 % de l'apport énergétique quotidien des Canadiens de 20 ans et plus.

«L'alimentation, c'est le cœur de la santé humaine, c'est au cœur de notre économie et il faut que ça soit au cœur de nos politiques publiques», a dit le professeur Moubarac.

Les auteurs de l'étude estiment qu'on pourrait voir une diminution de 45 914 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires; de 8314 décès liés aux maladies cardiovasculaires; et de 185 209 années de vie perdues ou affectées par une incapacité en raison de ces maladies, par année au Canada, si la population réduisait de moitié sa consommation de boissons et d’aliments ultratransformés.

Mais ce n'est pas si simple de changer des habitudes si bien ancrées, a souligné la diététiste Valérie Hamel, qui faisait partie de l'équipe du professeur Moubarac.

«Ça peut prendre plusieurs mois et plusieurs rencontres (pour obtenir un changement), a-t-elle dit. Et si on ne revoit pas (la personne), deux ans plus tard l'habitude est revenue tellement on baigne là-dedans.»

De plus, poursuit-elle, les aliments ultratransformés ont été formulés pour qu'il soit pratiquement impossible d'en manger une petite portion ― comme ce fabricant de croustilles dont le slogan publicitaire nous met au défi d'en manger «une seule».

En revanche, si la consommation d'aliments ultratransformés devait plutôt bondir de 50 %, cela entraînerait une augmentation de 19 979 nouveaux cas, 3489 décès et 77 691 années de vie perdues ou affectées par une incapacité en raison de ces maladies, par année.

«Il est urgent que le Canada adopte une approche globale faisant appel à de multiples politiques et interventions visant à diminuer l’omniprésence des boissons et aliments ultratransformés dans l’environnement alimentaire au pays, et à en réduire la consommation au sein de la population», écrivent les auteurs de l'étude.

Plusieurs études publiées dernièrement témoignent de l'ampleur du problème.

Par exemple, une chercheuse de l'Université de Toronto a récemment prévenu que les enfants d’âge préscolaire consomment de grandes quantités d’aliments ultratransformés, ce qui les rend vulnérables à des problèmes de santé comme l’obésité plus tard pendant la vie.

Une autre analyse, celle-là réalisée par 15 chercheurs de renom issus d’universités canadiennes, calculait que les enfants sont exposés au Canada à quelque 4000 publicités alimentaires uniquement sur leurs appareils mobiles, dont neuf sur dix concernent des aliments malsains. L'exposition double quand on parle des adolescents, à un peu plus de 8000 publicités.

Cela correspond à 1,96 publicité alimentaire/enfant/30 minutes, et à 2,56 publicités alimentaires/adolescent/30 minutes, tout au long de l'année.

«La consommation des aliments ultratransformés est presque rendue normalisée, a dit Mme Hamel, qui est doctorante à l'Université de Montréal. On a l'impression que ce sont des aliments comme les autres. Mais ce qu'on veut mettre de l'avant, c'est que ce sont des aliments qui ont été créés de toutes pièces, avec des substances et des procédés qui sont moins sains pour la santé.»

Les deux chercheurs se réjouissent de constater que la population est de plus en plus sensibilisée aux périls des aliments ultratransformés, mais préviennent qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant que les aliments sains jouissent d'une aussi grande disponibilité et avant que les consommateurs puissent faire des choix vraiment éclairés.

«Actuellement, pour le citoyen, je considère que les règles du jeu ne sont pas très justes, a conclu le professeur Moubarac. Mes choix dépendent de l'information que je reçois, et on sait que l'information est trafiquée par l'industrie (alimentaire). On ne peut pas penser que le marché est libre et que le citoyen fait ses choix librement parce que l'industrie, via la publicité, via le lobbying, interfère chaque jour avec mes choix.»

-------

Sur internet:

https://ca-fr.openfoodfacts.org/

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne