Le sémaglutide pourrait freiner la consommation d'alcool
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Par La Presse Canadienne, 2024
MONTRÉAL — Le sémaglutide, la molécule appelée Ozempic pour le traitement du diabète et Wegovy pour celui de l'obésité, pourrait aussi contribuer à une réduction de la consommation d'alcool, a constaté une nouvelle étude.
Plus précisément, les chercheurs ont découvert que des injections hebdomadaires de sémaglutide — lorsqu'on les comparait à des injections de placebo — réduisaient l'envie d'alcool, la quantité d'alcool consommée et la fréquence des jours de forte consommation chez des adultes présentant des symptômes de trouble de l'usage de l'alcool.
De plus, les sujets du groupe sémaglutide ont consommé moins d'alcool en laboratoire, comme le montrent les grammes d'alcool consommés et la concentration d'alcool dans l'haleine.
«Nous avons étudié spécifiquement les doses cliniques les plus faibles de sémaglutide parce que nous voulions maximiser la sécurité et faire une étude à relativement court terme, a dit l'auteur de l'étude, le professeur Christian Hendershot du USC Institute for Addiction Science.
«Et même à ces faibles doses de sémaglutide, nous avons vu des diminutions significatives des quantités de boisson, c'est-à-dire la quantité consommée par jour, les jours de la semaine avec consommation et une réduction de la consommation à outrance.»
Les auteurs de l'étude ont recruté une cinquantaine de participants qui présentaient un trouble de l'usage de l'alcool pour lequel ils n'étaient pas traités. Ce trouble est notamment caractérisé par une incapacité à limiter ou à arrêter la consommation d'alcool en dépit de conséquences néfastes.
Une semaine avant la première injection, les participants ont été invités à consommer les boissons alcoolisées de leur choix pendant une période de deux heures dans un environnement de laboratoire confortable. On leur a demandé de retarder leur consommation au besoin, et les chercheurs ont consigné les délais et les boissons consommées.
Les participants ont ensuite été répartis au hasard pour recevoir des injections hebdomadaires d'Ozempic ou d'un placebo pendant neuf semaines, au cours desquelles leurs habitudes de consommation hebdomadaires ont été mesurées. Par la suite, les participants et les chercheurs sont retournés au laboratoire d'analyse de la consommation d'alcool pour répéter le processus.
Les résultats ont montré qu'après le traitement, les participants du groupe sémaglutide ont consommé moins d'alcool en laboratoire. Le sémaglutide a aussi semblé réduire l'envie hebdomadaire d'alcool, diminuer le nombre moyen de verres lors des jours de consommation et entraîner une réduction plus importante des jours de forte consommation d'alcool, par rapport au placebo.
Les mécanismes physiologiques en jeu ne sont pas entièrement compris, mais il semblerait que les sujets traités au sémaglutide «ressentent l'alcool comme moins gratifiant», a dit le professeur Hendershot. Les sujets du groupe sémaglutide ont d'ailleurs rapporté des niveaux inférieurs d'envie d'alcool tout au long de l'essai.
«Le deuxième mécanisme à mentionner est un mécanisme plus général impliquant la satiété, a expliqué le professeur Hendershot, qui est également chercheur affilié au Centre for Addiction and Mental Health de Toronto.
«Les personnes qui prennent ces médicaments pour lutter contre le diabète ou pour perdre du poids ont moins faim et plus de sensations de satiété. Et nous savons qu'il y a un certain chevauchement dans les mécanismes cérébraux qui régulent la prise de nourriture et la prise de médicaments. Nous pensons donc que ce signal de satiété, pour ainsi dire, est un autre mécanisme.»
Cette étude a aussi mené à une autre découverte intrigante.
Les participants qui fumaient des cigarettes au début de l'étude, et qui ont été traités avec le sémaglutide, ont eu des réductions significativement plus importantes du nombre moyen de cigarettes par jour par rapport à ceux du groupe placebo. Ce résultat est potentiellement important car il n'existe actuellement aucun médicament approuvé à la fois pour la réduction de la consommation d'alcool et le sevrage tabagique.
«Le fait de pouvoir valider des médicaments qui pourraient être utilisés pour traiter à la fois la dépendance à l'alcool et à la nicotine pourrait être très bénéfique pour la santé», a conclu le professeur Hendershot.
Une consommation excessive d'alcool est associée à des troubles hépatiques, à la maladie cardiovasculaire et au cancer. On estime qu'elle est responsable d'environ 180 000 décès chaque année aux États-Unis.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical JAMA Psychiatry.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne