Le Manitoba signe le premier accord national sur l'assurance-médicaments
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Par La Presse Canadienne, 2024
OTTAWA — Le Manitoba est devenu jeudi la première province à adhérer officiellement au programme d'assurance-médicaments d'Ottawa, lui donnant accès au financement fédéral pour couvrir le coût des contraceptifs et des médicaments contre le diabète ainsi que des traitements hormonaux de substitution pour la ménopause.
L e ministre de la Santé, Mark Holland, a lancé, lors de l'annonce à Winnipeg qu'il s'agit du «début d'un voyage qui ne peut pas se terminer. Il n'y a pas de place pour la politique dans tout cela. C'est juste une question de logique. C'est ce que nous devons faire pour ce pays.»
L'accord prévoit que le gouvernement fédéral dépensera 219 millions $ sur quatre ans pour la couverture d'assurance-médicaments du Manitoba.
Le coût des contraceptifs, des médicaments contre le diabète et des traitements hormonaux de substitution sera couvert sans quote-part ni frais d'ordonnance pour le patient, mais les gens pourraient avoir à payer des frais de prescription ou des frais de livraison au pharmacien.
Le gouvernement du Manitoba a lancé un programme l'automne dernier pour couvrir le coût des contraceptifs et des médicaments pour traiter le VIH et le sida.
«Cela va nous permettre d'élargir notre offre», a indiqué Uzoma Asagwara, ministre de la Santé du Manitoba, ajoutant que des contraceptifs supplémentaires seront couverts par le programme fédéral, ainsi que des thérapies pour la ménopause.
La Loi fédérale sur l'assurance-médicaments est entrée en vigueur en octobre, ouvrant la voie à Ottawa pour entamer des négociations avec les provinces et les territoires.
La phase initiale du programme prévoit la couverture des médicaments contre le diabète et les contraceptifs, tandis qu'une étude d'un an détermine la meilleure voie vers un programme d'assurance-médicaments universel complet.
La loi était un élément clé de l'entente entre les libéraux et le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui a maintenu le gouvernement minoritaire libéral au pouvoir pendant plus de deux ans.
Dans une déclaration faite jeudi, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a exhorté les libéraux à signer rapidement des accords avec les 12 autres provinces et territoires.
«Chaque jour où les libéraux traînent les pieds est un autre jour où les Canadiens sortent leur portefeuille et paient pour des ordonnances qui, selon la loi, devraient être gratuites maintenant, ou se passent des médicaments dont ils ont besoin», a mentionné M. Singh.
La couverture au Manitoba en vertu de l'accord fédéral devrait commencer en juin. Ce calendrier pourrait placer le début du programme après les prochaines élections fédérales, alors qu'il semble de plus en plus probable que les Canadiens seront envoyés aux urnes le mois prochain, après que les libéraux auront choisi leur prochain chef.
«J'aimerais que nous puissions claquer des doigts et faire ces choses, mais il y a beaucoup de logistique», a précisé M. Holland lorsqu'on lui a demandé pourquoi la couverture ne commencerait pas plus tôt.
Il a affirmé que le gouvernement veut être «sans faille» dans l'exécution du programme. «Si cela doit durer, il faut que cela soit fait correctement», a-t-il ajouté.
Un enjeu électoral
Il est clair que l'avenir du programme deviendra un enjeu dans la prochaine campagne électorale.
Le chef conservateur Pierre Poilievre s'est prononcé contre le «plan radical» à la Chambre des communes l'automne dernier, et tous les députés conservateurs ont voté contre la loi sur l'assurance-médicaments.
Dans une déclaration faite jeudi, le porte-parole conservateur en matière de santé, Stephen Ellis, a soutenu qu'un programme universel d'assurance-médicaments exclurait des millions de personnes de leur régime d'avantages sociaux au travail et a déclaré que son parti «travaillerait plutôt avec les provinces pour améliorer l'accès aux médicaments sur ordonnance pour les Canadiens».
M. Singh a avancé que le NPD se présenterait aux prochaines élections pour élargir le programme.
Le mois dernier, M. Holland a suggéré que les néo-démocrates devraient envisager de maintenir les libéraux minoritaires au pouvoir plus longtemps pour s'assurer que les accords sur l'assurance-médicaments soient signés avant les élections.
Mais Mark Carney, le favori apparent dans la course à la direction du Parti libéral, a déclaré cette semaine qu'il était probable qu'il déclencherait des élections anticipées s'il gagnait la course le 9 mars.
Selon M. Holland, tous les candidats à la direction du Parti libéral se sont engagés à maintenir le programme d'assurance-médicaments.
«Je pense que c'est une déclaration de valeurs pour ce pays, que nous soutenons l'autonomie des femmes sur leur propre corps», a-t-il dit.
La Chambre de commerce du Canada a exprimé jeudi sa déception face à la nouvelle, affirmant qu'elle estime que l'approche du gouvernement «entraînera un accès à moins de médicaments, de moins bons résultats en matière de santé pour les Canadiens et des augmentations drastiques des dépenses publiques».
Le gouvernement fédéral a réservé 1,5 milliard $ pour la phase initiale de l'assurance-médicaments. Un programme d'assurance complet et universel devrait coûter 11,2 milliards $ supplémentaires par an, selon le directeur parlementaire du budget.
L'annonce de jeudi comprenait également un financement fédéral de 48 millions $ pour couvrir les coûts du diagnostic, du dépistage et du traitement des maladies rares.
Ce financement fait partie d'une stratégie nationale de 1,5 milliard $ pour les médicaments contre les maladies rares qui a été lancée en mars 2023.
Sarah Ritchie, La Presse Canadienne