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Des pompiers sont honorés lors d'une cérémonie de reconnaissance à Québec

Des pompiers sont honorés lors d'une cérémonie de reconnaissance à Québec
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Ironiquement, c'est pour une opération en mer que Johnatan Brunet, directeur du Service de sécurité incendie de la Ville de Matane, a reçu une croix du courage, qui honore l'accomplissement d'un acte héroïque au péril de sa vie, lors de la cérémonie tenue par le ministère de la Sécurité intérieure dimanche après-midi à Québec pour la Journée nationale de reconnaissance des pompiers et pompières.

«Des interventions comme celles-là donnent tout son sens au métier, et surtout, génèrent beaucoup de fierté de faire partie d'une équipe de professionnels comme celle avec qui j'ai pu effectuer ce sauvetage-là», dit M. Brunet, qui compte 23 ans de carrière comme pompier, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Soir de tempête, un vendredi de la mi-novembre 2024, au large de Matane, en Gaspésie, le marin d'un navire-cimentier fait une hémorragie interne, au large de Matane.

Tadoussac, là où se trouve la Garde côtière canadienne, est trop loin pour que les marins puissent intervenir. Les conditions tempétueuses gardent au sol les hélicoptères de sauvetage. Aucun pêcheur n'est dans les environs.

Appelé vers minuit, le directeur agit rapidement. Il rassemble les pompiers Kevin Isabelle et Francis Bélanger, contacte la Garde côtière auxiliaire canadienne pour avoir accès à une embarcation adaptée à la situation, conduite par John Ted Savage, et l'équipage a pris la mer. «Ce soir-là, si on n'avait pas été quatre à bord, on n'y arrivait pas», souligne M. Brunet.

Le 15 novembre, la glace a déjà pris sur le fleuve, et la marina est fermée. Après deux cents mètres de glace brisés et franchis pour atteindre le large, M. Brunet et son équipe rejoignent le bateau en 1 h 15, au milieu de vagues de cinq mètres de haut, dans un brouillard dense.

Ça aura pris à l'équipage trois tentatives pour parvenir à secourir le marin. Le bateau des secours étant bien plus petit que l'immense navire-cimentier, ce dernier descend le blessé par un treuil, dont le frein de sécurité a été enclenché.

L'embarcation subit des dommages, la coque du paquebot cognant sur la leur lors des deux premières tentatives. Et les vagues, qui font monter et descendre le bateau de cinq mètres chaque fois, n'aident pas les secouristes à atteindre facilement la civière.

Kevin Isabelle s'accroche pour pouvoir en couper les sangles qui la retiennent quand le bateau remonte, le laissant dans le vide à bout de bras, jusqu'à ce qu'il puisse les trancher, et être rattrapé au vol avec la civière par l'équipage du bateau, lors d'une troisième tentative, qui aurait été la dernière.

Le marin est sauvé, transporté vers le port, où il est attendu par des ambulances, et a survécu à ses blessures. C'est d'ailleurs le retour qui reste gravé dans la mémoire de M. Brunet. «La satisfaction du travail accompli en équipe, de pouvoir remettre aux ambulanciers une personne qui est toujours en vie, qui était à risque de mourir si les délais s'allongeaient, dit-il. Ça ne peut pas ne pas être émotif à ce moment-là.»

Avoir le sacrifice facile

Douze membres d'un service de sécurité incendie et quatre citoyens ont été décorés lors de cet évènement organisé par le ministère de la Sécurité intérieure visant à souligner les actions remarquables qu'ils ont accomplies en sécurité incendie au Québec.

Parmi ces quatre citoyens, le directeur général de l'Association des gestionnaires en sécurité incendie et civile du Québec (AGSICQ), Sylvain Mireault, comptabilise quarante années de service public. Il s’est vu attribuer pour ces quatre décennies une citation d'honneur soulignant sa contribution au développement et à la promotion de la sécurité incendie.

«Il faut avoir le sacrifice facile, affirme M. Mireault, pour pouvoir être pompier. Quand on reçoit un appel, qu'on doit aller faire un sauvetage en mer dans une opération dangereuse, comme ceux de Matane, on y va quand même», au péril, mais en évitant à tout prix que ce soit au coût de sa vie, souligne-t-il.

Après avoir passé plusieurs années comme pompier aux services de Québec et de Montréal, M. Mireault monte en grade pour devenir chef de division, qu'il restera jusqu'à sa retraite, en 2018.

Entre hier et aujourd'hui, M. Mireault estime que l'un des plus grands changements est survenu sur le plan de la santé et de la sécurité au travail.

«On rentrait tête baissée, avec les connaissances techniques, pour combattre l'incendie, mais sans trop penser à notre santé, dit-il. On est beaucoup mieux protégés aujourd'hui, et en meilleure connaissance de cause.»

À sa retraite, il prend le poste de directeur général de l'AGSICQ, où il mène à bien plusieurs initiatives, comme la tenue de séminaires féminins pour cimenter la place des femmes dans la profession de pompière, ou l'élargissement du rôle de son organisation pour y inclure la sécurité civile, et ainsi reconnaître le rôle des pompiers comme premiers répondants dans les soins préhospitaliers.

«On ne fait pas ce métier-là pour avoir des reconnaissances. On fait ça dans le but de vraiment aider, de servir les gens, plus que n'importe quoi d'autre», dit-il.

Julia Myles, La Presse Canadienne