Baisse du Bloc: les débats libéraux pourraient être «un moment pivot», dit Blanchet
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Par La Presse Canadienne, 2024
VICTORIAVILLE — Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, juge que le vent pourrait tourner dans les intentions de vote à la suite des débats dans la course à la direction du Parti libéral du Canada et il espère que les Québécois pencheront vers «la seule» voix qui parlera pour eux à Ottawa.
«Les sondages, il y en a eu pas mal. Il n'y en a aucun qui soit postérieur aux débats des libéraux, qui sont peut-être un moment pivot», a-t-il lancé mercredi lors d'un point de presse au terme d'une réunion de deux jours de son caucus qui se tenait à Victoriaville, dans le Centre-du-Québec.
Selon lui, la population se rendra compte que ceux à qui certains suggèrent de confier son «destin» n'ont en fait «rien à dire».
«Les criquets sont plus articulés! Alors, je ne m'en fais pas. (...) Je ne passerais pas mes jours à commenter le match avant qu'il ne soit commencé», a poursuivi le chef bloquiste.
Avant de répondre aux questions, M. Blanchet s'est désolé que Mark Carney, le favori de la course libérale et ancien gouverneur de banques centrales, demande, selon lui, «un chèque en blanc» et se présente comme «le messie».
«La réponse à tout, mes amis, c'est "Je suis Mark Carney", a-t-il illustré, provoquant des rires au sein de sa députation. C'est sidéral comme vacuité.»
Bon nombre de sondages révèlent que les libéraux sont en forte progression dans les intentions de vote depuis que le président américain Donald Trump menace d'imposer des tarifs au Canada et que la course pour succéder à Justin Trudeau comme chef libéral bat son plein.
Tour à tour, vendredi puis samedi, des sondages des firmes EKOS et Ipsos ont annoncé que Mark Carney et Pierre Poilievre seraient au coude-à-coude, ce qui ne s'est pas vu depuis fort longtemps entre libéraux et conservateurs.
Au Québec, le plus récent sondage Léger mené en ligne du 21 au 23 février révélait que le Bloc serait en fort recul advenant que M. Carney soit élu chef du Parti libéral du Canada. Il obtiendrait 24 % des appuis contre 40 % pour les libéraux. Les bloquistes étaient à 37 % dans un sondage de la même firme réalisé du 24 au 26 janvier.
Quant aux conservateurs, souvent un grand adversaire du Bloc, M. Blanchet leur a reproché d'avoir eux aussi joué «la politique du vide, (...) des slogans sans proposition».
«Et là, bien, la cigale fut prise au dépourvu quand la bise fut venue», s'est-il amusé en reprenant des mots d'une fable de La Fontaine.
La voix du Québec
Les bloquistes poursuivaient mercredi leur recadrage à se présenter comme étant ceux qui parleront pour le Québec, et seulement pour le Québec.
«J’invite les Québécois à ne pas faire l’économie d’une voix qui parlera pour eux parce que, à ce stade-ci, on a pas mal la certitude que les autres voix que celle du Bloc ne parleront pas pour préserver les intérêts du Québec comme ça a toujours été le cas dans les négociations commerciales menées par le Canada», a déclaré M. Blanchet.
Il s'est d'ailleurs demandé, avec scepticisme, si le gouvernement fédéral défendrait, «si on ne l'oblige pas», le bois d'œuvre, la culture – «quelque chose dont tu ignores à peu près tout» –, l'aérospatiale, l'agroalimentaire ou encore l'aluminium.
La professeure de science politique à l'Université du Québec à Trois-Rivières et chercheure principale du Groupe de recherche en communication politique, Mireille Lalancette, a expliqué que «la joute» politique a changé avec les menaces de Donald Trump.
La professeure a expliqué que la bataille pour défendre les intérêts du Québec au Parlement fédéral est «diluée» vu que l'ensemble du Canada est attaqué par le président Trump.
«C'est sûr que, dans ce contexte-là, les gens vont préférer un Canada uni plutôt qu'un Canada désuni», a-t-elle résumé.
Les électeurs ont alors tendance à se tourner vers des partis de type «valeurs sûres» dans de tels cas. Or, le Bloc est une valeur sûre dans des dynamiques Québec-Ottawa, ce qui n'est pas le cas en ce moment, puisque les États-Unis sont dans l'équation.
«Les partis qui sont des valeurs sûres, c'est ce qu'on va appeler les vieux partis, les partis qui sont là depuis longtemps, qui ont de l'expérience à gouverner. C'est les conservateurs, c'est le Parti libéral», a-t-elle expliqué.
Les «tarifs interprovinciaux n'existent pas»
Questionné sur la manière dont le Québec pourrait mettre de l'eau dans son vin pour réduire les barrières au commerce interprovincial comme le demande Ottawa aux provinces, M. Blanchet a affirmé que l'idée même qu'il y en est n'est qu'«une fable» soudaine et que, «quand tu grattes là-dessus, tu te rends compte qu'il n'y a rien dans la canisse».
«C'est une calembredaine, tout ça! Il n'y a pas de tarifs interprovinciaux. Ça n'existe pas», a-t-il lancé mercredi lors d'un point de presse.
Selon M. Blanchet, il n'y a que «des règles qui visent à assurer le respect de (...) priorités propres à chacune des provinces et au Québec». Celles-ci peuvent être en matière de main-d'œuvre, de régulation intérieure, ou encore de langue, a-t-il énuméré.
Mais tout cela est exagéré, selon lui, parce que la plupart des exportations du Québec se font dans le reste du Canada et que les États-Unis constituent «un chemin toujours naturel» pour les produits Québécois en raison de leur situation géographique. «L'Ontario est évident, la Colombie-Britannique c'est un autre monde», a-t-il lancé.
Selon M. Blanchet, les enjeux de commerce interprovincial servent de «prétexte» pour faire passer un oléoduc à travers le Québec essentiellement au bénéfice du pétrole de l'Ouest.
Michel Saba, La Presse Canadienne