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À la CCMM, le ministre Champagne parle de turbulences et d'opportunités

durée 17h28
25 février 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — À une semaine de l’entrée en vigueur possible des tarifs douaniers de 25 % sur les importations canadiennes aux États-Unis, le ministre François-Philippe Champagne a réitéré mardi que les Canadiens doivent se préparer à des périodes de turbulences, même s'il a récemment constaté un «changement de ton» de la part de certains interlocuteurs américains.

Invité par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie a appelé les entrepreneurs à être «ambitieux» et à «penser autrement», pour faire face aux menaces provenant du principal partenaire commercial du pays.

«C’est sûr qu’on va vivre des moments plus difficiles, mais c’est souvent là que le meilleur ressort, c’est là qu’on va devenir plus résilient et ambitieux et moi, je pense qu’on va sortir de cette époque-là plus fort et on va regarder derrière nous, un peu comme en 1945, et on va se dire qu’on a rebâti le Canada du 21e siècle.»

Dans sa discussion avec le PDG de la CCMM, Michel Leblanc, le ministre Champagne a plusieurs fois évoqué les décennies de 1940 et 1950, en faisant notamment référence à Clarence Decatur Howe, surnommé le «ministre de tout», qui avait eu une incidence importante dans le développement de nouvelles industries pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Le ministre a utilisé le terme «réindustrialisation» et a évoqué la nécessité d’avoir «un accord de libre-échange pancanadien pour permettre à nos entrepreneurs d'être capables d'échanger à travers le pays», de mettre en place une politique «d’achat préférentiel», un peu à l’image du «Buy American Act», et de la nécessité de continuer de développer l’industrie automobile, l’aérospatiale et l’industrie pharmaceutique, entre autres.

Keystone XL et gaz naturel

Le ministre a également réitéré la nécessité de diversifier l’économie et les partenaires commerciaux.

«Le monde a dramatiquement changé» et «il faut se prendre en main» et continuer notamment de développer les secteurs des minéraux critiques et de l’énergie.

D’ailleurs, une panoplie de sources d’énergie, provenant même des projets les plus controversés, doivent être considérées au nom de «la sécurité énergétique», car «les règles ont changé», a expliqué le ministre Champagne en réponse à Michel Leblanc, qui demandait «si on peut ignorer la possibilité d’envisager un corridor énergétique canadien qui inclut le gaz naturel».

«Ça serait une erreur de ne pas se poser ces questions» autant «au niveau de l’hydro-électricité, du nucléaire ou de corridors énergétiques», a expliqué le ministre qui n’a pas, non plus, fermé la porte au projet d'oléoduc Keystone XL, entre le Canada et les États-Unis, que Donald Trump voudrait relancer.

«Faut voir ce que le président veut faire, mais, pour moi, avoir une plus grande résilience énergétique entre le Canada et les États-Unis, c’est quelque chose qu’il faut considérer.»

Un «changement de ton»

Même si le ministre croit qu’il y aura des turbulences, il a également indiqué qu’il percevait «un changement de ton» de la part d’interlocuteurs américains.

«On risque de traverser une période de turbulence, mais d’un autre côté, il y a de plus en plus de voix américaines qui s'élèvent et qui répètent (…) qu’il ne peut pas y avoir de tarifs sans conséquences.»

François-Philippe Champagne a fait référence au gouverneur du Kentucky, qui se serait plaint «haut et fort» que «les distilleries sont en train de fermer et que les commandes sont arrêtées», en raison d’un boycottage du bourbon américain par des Canadiens.

«Il disait qu’il pensait que (les tarifs) étaient à propos du Canada, mais que, finalement, c'est le Kentucky qui fait les frais des politiques de Washington», a expliqué le ministre en faisant référence au gouverneur Andy Beshear.

Il a également évoqué le «PDG de Ford» et d’autres gouverneurs qui «disent en sourdine que le Canada est un partenaire de choix» et «que peu d’Américains comprennent pourquoi on s’en prend au Canada».

Est-ce que le ministre croit que ce genre de réactions, provenant des États-Unis, pourrait être suffisant pour empêcher la mise en place de tarifs de 25 % mardi prochain?

«S'il y a une chose que j'ai apprise au cours des dernières semaines, c'est d'être prudent parce que ce que je dis, c'est exact au moment où je le dis, mais vous avez vu la vitesse à laquelle les choses changent? Je n'ai pas de boule de cristal, mais c'est vrai que je pense qu'à court terme, on va vivre certains éléments de turbulences. Les déclarations qui viennent de notre voisin ont créé un cadre d'incertitude et on sait que l'incertitude, ça nuit aux investissements, ça nuit aux entrepreneurs », a répondu le ministre Champagne.

Le «tsar du fentanyl» en route pour Washington

Le plan du président américain Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers sur les marchandises en provenance du Mexique, du Canada et de la Chine vise en partie à lutter contre le flux illicite de fentanyl vers les États-Unis.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, David McGuinty, se rendra à Washington cette semaine afin de discuter des derniers efforts déployés par le Canada pour lutter contre le fentanyl.

Il sera accompagné du nouveau «tsar du fentanyl», Kevin Brosseau, ainsi que de représentants de la Gendarmerie royale du Canada et de l’Agence des services frontaliers.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne