103 M$ dépensés l'an dernier pour favoriser l'anglais au Québec, dénonce le Bloc
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Par La Presse Canadienne, 2024
OTTAWA — Le gouvernement fédéral continue d'appuyer l'épanouissement de l'anglais au Québec à coups d'une centaine de millions de dollars chaque année, dénonce le Bloc québécois.
Dans une compilation, son porte-parole en matière de langues officielles, Mario Beaulieu, a calculé qu'Ottawa a versé 103,0 millions $ en 2024 dans des programmes d'appui aux langues officielles au Québec, un jargon qui, dans ce cas, se résume à la langue anglaise.
«Le Québec fait tout pour inclure les nouveaux arrivants et leur présenter le français comme la seule langue officielle et commune au Québec et, pendant ce temps-là, le gouvernement fédéral arrive de son côté et dit: "non, non, non, l'anglais est une langue officielle"», a-t-il déclaré, jeudi, lors d'un point de presse dans le foyer de la Chambre des communes.
Les fonds vont essentiellement au système d'éducation, mais également à des groupes de pression et aux soins de santé.
Or, selon M. Beaulieu, les groupes de pression anglophones financés par le fédéral «sont extrêmement efficaces» et ont réussi à «affaiblir» la loi 101 dans tous ses secteurs d'application et attaquent actuellement la loi 96.
M. Beaulieu, qui représente la circonscription de La Pointe-de-l'Île, dans l'est de Montréal, a souligné que cela survient alors que tous les indicateurs linguistiques révèlent que le français est en recul au Québec.
Statistique Canada confirme à répétition la tendance que suit le français au Québec. De 2016 à 2021, l’agence a observé une baisse de la proportion de Québécois qui possédaient le français comme langue maternelle, comme langue parlée de façon prédominante à la maison et comme première langue officielle parlée.
Selon lui, il reste «complètement illogique» qu'Ottawa considère que les anglophones du Québec sont dans une situation comparable à celle des francophones hors Québec et, par conséquent, dépense «des milliards» à «renforcer l'anglais dans le seul État francophone au Canada et en Amérique».
En 2023, M. Beaulieu faisait référence à une étude bien plus exhaustive publiée dans laquelle il révélait, après avoir épluché les comptes publics, que, depuis 1995, pas moins de 2,1 milliards $ de fonds fédéraux ont été dédiés à l'appui à la langue anglaise au Québec.
Selon le Bloc, le gouvernement fédéral devrait utiliser l'essentiel des près de 820 millions $ dédiés à la province dans son Plan d'action pour les langues officielles afin de promouvoir le français.
Jeudi, M. Beaulieu a également reproché au gouvernement libéral de ne pas passer de la parole aux actes, malgré qu'il reconnaisse désormais que le français est en déclin au Québec et qu'il compte le protéger.
La nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles consacre le droit de travailler et d’être servi en français au Québec dans les entreprises privées de compétence fédérale, comme les banques et les compagnies aériennes ou ferroviaires.
Or, bien que la loi ait reçu la sanction royale en juin 2023, les décrets et règlements qui l'accompagnent n'ont toujours pas été adoptés, si bien que «rien qui change, il n'y a pas plus d'argent qui va vers le français», a résumé M. Beaulieu.
Au cours des dernières années, plusieurs députés et ministres libéraux ont reconnu du bout des lèvres le déclin du français ou, comme le ministre de l'Immigration, Marc Miller, l'ont reconnu en discréditant les données qui le soutendent.
Il y a deux mois, le jour même de sa nomination, la nouvelle ministre des Langues officielles, Rachel Bendayan, a, dans un premier temps, refusé à plusieurs reprises de le reconnaître, puis a fait marche arrière devant le tollé provoqué.
Son rôle de ministre des Langues officielles est, selon elle, de «s’assurer que la minorité anglophone au Québec soit protégée et que la minorité francophone hors Québec soit protégée afin que le bilinguisme soit protégé partout à travers le pays, et que nous maintenons la dualité linguistique que nous avons et dont nous sommes si fiers».
Lors de la publication de l'étude de 2023, les libéraux avaient reproché au Bloc ses calculs «tendancieux» et insistaient qu'Ottawa donne depuis 30 ans de «500 à 700 millions $» par année au Québec pour faire de la francisation.
Michel Saba, La Presse Canadienne